Voici le cas particulier d'une chanson littéraire, probablement écrite par un lettré, qui est entrée dans la tradition populaire. Il existe quatre versions répertoriées aux Archives de folklore de l'université Laval. Ces versions proviennent des comtés de L'Assomption, Maskinongé et Témiscouata. (I)

Répertoriée dans le catalogue numéro VI de la chanson folklorique française (Chansons sur des timbres), Tom Nulty fut composée sur le timbre de Au sang qu'un Dieu va répandre.

Cette histoire qui se serait véritablement déroulée à Rawdon dans le comté de Lanaudière aurait fait couler beaucoup d'encre à la fin du siècle dernier. Le curé de Rawdon, Frédéric-Alexandre Baillargé aurait écrit en 1897 une brochure dans laquelle il défend et prend en pitié son paroissien Tom Nulty accusé d'avoir tué sa femme et ses douze enfants.

 

CHANSONS

Tom Nulty

La chanson d'un voyageur

(Coll. Monique Jutras, enreg. 137,
Saint-Côme, Joliette).

• Chanson pour Louis Bazinet

 
Cette brochure de quatorze pages, aujourd'hui introuvable, essaie d'exempter Nulty de la pendaison. C'est alors qu'une chanson d'un feuillet aurait parue. La chanson que nous connaissons aujourd'hui sous le titre de Tom Nulty aurait originairement été intitulée  La complainte de Rawdon.
   
       

Tom Nulty

Répertoriée dans le catalogue numéro VI de la chanson folklorique française (Chansons sur des timbres), Tom Nulty fut composée sur le timbre de Au sang qu'un Dieu va répandre.

   

La chanson d'un voyageur 

(Coll. Monique Jutras, enreg. 137,
Saint-Côme, Joliette).

Au fond obscur d’une pauvre campagne

Vivait naguère un fermier irlandais

Sous son vieux toit, cinq enfants, sa compagne

Semblaient goûter (3) le bonheur et la paix.

Un triste jour il quitta sa chaumière,

Il se rendit au village voisin.

A son départ, hélas, il pensait guère

A son retour (3) trouver un assassin.

Le fils aîné d’un infernal génie

S’arma soudain d’un instrument mortel

Sur ses trois sœurs dont la voix le supplie

Frappe sans trêve (3) au foyer paternel.

Il veut encore une tendre victime :

Son jeune frère à peine à ses dix ans.

Il vit bourreau, par un quadruple crime

Oter la vie (3) à ces quatre innocents.

- " Que t’ai-je fait ô Thomas, ô mon frère

Pourquoi frapper sur ton aimante sœur,

Pourquoi brandir ta hache meurtrière,

Pitié Thomas (3), j’ai connu ton bon cœur. "

- " Non, non, jamais, j’ai juré qu’elle meure,

Elle est de trop il me faut place ici.

Je veux, c’est dit, vider cette demeure "

D’autres encore (3), doiv'ent périr aussi. "

- " Arrête, Tom, ne frappe pas ton frère,

Épargne-le, je veux le secourir.

Laisse tomber ta hache meurtrière,

Pitié Thomas (3), ne le fais pas mourir. "

- " Pas de pitié pour toi plus que pour elles,

Tu vas tomber sur le bord du chemin,

Tiens, je t’immole à ma rage cruelle

Et vous allez (3) périr tous par ma main. "

- " O mon Thomas, épargne ton Ellene,

Grâce et pitié, tu sais que je t’aimais. "

- "  Pas de pitié, plus d’amour, c’est la haine

Vous épargner (3) non, mille fois jamais. "

Et sur le coup le vil assassin frappe,

Le sang jaillit sur le sol au foyer.

Quatre à ses pieds, quatre, pas un n'échappe

Au fer cruel (3) du frère meurtrier.

O chers enfants, je vous revois sans vie,

Vous qu'en partant j'ai laissé si joyeux,

Quel vil brigand, quel infernal gnie

Aurait commis (3) ce forfait odieux.

Serait-il vrai que l'auteur de ces crimes

Serait mon fils que j'aimais tendrement,

Ai-je nourri le frre et ses victimes

Quel sort cruel (3) quel chagrin, quel tourment.

Pauvres enfants, Betsy, Annie, Ellene,

Tendre Patrick, vous trois que j'aimais tant,

D'un deuil sans fin je vais porter la peine

Qui perpétra (3) ce crime révoltant.

Qu'entends-je Tom, ta propre voix déclare

Que c'est ta main qui leur donna la mort.

Enfant sans coeur et frère plus barbare,

Pourquoi vous faire (3) si pénible sort.

Devant tes pairs tu vas bientôt apparaître,

Tu répondras du sang que tu versas.

Puisse le ciel, puisse l'auguste maître

Te pardonner (3) ton forfait d'ici bas.

Il faut punir ce crime épouvantable,

D'un assassin purger notre pays.

Le meutrier et les lâches coupables

Des yeux de tous (3) doivent être bannis.

Malgré l'horreur que l'échafaud présente,

Tu dois montrer sur l'infâme gibet

Pour enseigner à la race présente

Quel châtiment (3) mérite ton forfait.

 

   

 

Ecoutez, j'vais vous chanter

La chanson qu'j'ai composée,

La chanson d'un voyageur

Montant dans les chantiers,

Mais c'est à Saint-Michel

Que nous sommes tous montés,

C'est pour la Consol Bathurst

Qu'on s'est tous engagés. (bis)

Quand on arrive en haut

C'est pas drôle de voir ça,

Les beds sont en planche,

Et les matelas sont en branche,

On est pas aussitôt couchés

Que les poux viennent nous manger,

On n'a pas d'argent d'gagné

Pour s'en débarasser. (bis)

Quand il arrive le dimanche

I faut bien se laver,

Racc'moder notre linge

Aussi le repriser.

Si on avait des filles

Pour racc'moder notre linge

Peut-être que le dimanche

On pourrait s'reposer. (bis)

Quand il arrive le jour de l'An,

Le plus beau jour de l'année,

Nos parents se réjouissent

Et nous autres on est renfermés.

Mais le [...] les larmes aux yeux

Et nous autres on n'est pas mieux

Assis sous un sapin, on pense à nos catins. (bis)

Quand il arrive le printemps,

Joyeux, le coeur content

D'avoir d'l'argent d'gagné,

Et puis s'en retourner

En passant par Joliette,

Faut bien s'mouiller l'bec.

On n'est pas deux jours passés

Qu'on est encore cassés. (bis)

Qui a composé cette chanson,

C'est moi que l'a composée.

Assis au pied de mon bed

Ayant d'la peine au coeur

Vous me r'connaissez tous

Thériault mais c'est mon nom.

J'aime mieux les petites filles

Que ces criss de chaudrons (bis)

 

 

 

 

Chanson pour Louis Bazinet

(Coll. Monique Jutras, enreg. 29, Sainte-Marie-Salomé, Montcalm).

 

En mars dernier, le soir de la défaite, Louis, voyant ses gens dans le pétrin, Dit à Neveu : "Ce n'est pas toujours fête Je les battrai, j'en jure par ma main."

A mon secours, Je vous appelle,

Gens de Saint-Paul et de Saint-Matha,

Gens du rang double, Montapelle,

Et toi, Lyon du Canada,

Gilles Saint-Albert et tout le grand coteau

Bardoche tes pics durs

Féningue et Saint-Guerlot.

Mercier, mon chef, dans sa gloire et sa pompe, Viendra m'aider au plus fort du combat. Nous irons tous le chercher à la pompe Tu vois d'ici, quel train et quel éclat:

A mon secours, je vous appelle,

Gens de Saint-Paul et de Saint-Matha,

Gens du rang double, Montapelle,

Et toi,Lyon du Canada,

Gilles Saint-Albert et tout le grand coteau

Bardoche tes pics durs

Féningue et Saint-Guerlot.

J'm'en irai à chaque presbytère Dire au curé mes services rendus J'amènerai Magnan le gros notaire Charly t'iras cabaler chez Chalut.

A mon secours, je vous appelle,

Gens de Saint-Paul et de Saint-Matha,

Gens du rang double, Montapelle,

Et toi, Lyon du Canada,

Gilles Saint-Albert et tout le grand coteau

Bardoche tes pics durs

Féningue et Saint-Guerlot.

Si bien armé, je ferai la bataille Contre Renaud, Martel ou Cornelier. Il n'y en n'a pas un seul qui soit de taille Quand ce serait Lavallée ou Tellier.

A mon secours, je vous appelle,

Gens de Saint-Paul et de Saint-Matha,

Gens du rang double, Montapelle,

Et toi, Lyon du Canada,

Gilles Saint-Albert et tout le grand coteau

Bardoche tes pics durs

Féningue et Saint-Guerlot.

Fauré, Piché, Tremblay, Dugas, Champagne, Taillefer, Lemieux, Saint-Jean, Cléroux, Pelland, Et pour finir cette fameuse campagne Mon cher Neveu, tu seras l'aide de camp.

A mon secours, je vous appelle,

Gens de Saint-Paul et de Saint-Matha,

Gens du rang double, Montapelle,

Et toi, Lyon du Canada,

Gilles Saint-Albert et tout le grand coteau Bardoche tes pics durs

Féningue et Saint-Guerlot

Si par malheur, il faut que je succombe

Et que le ciel chasse mes bataillons,

Je voudrais bien que l'on creusât ma tombe

Dans le gravier de la Côte-aux-Cochons

A mon secours, je vous appelle,

Gens de Saint-Paul et de Saint-Matha,

Gens du rang double, Montapelle,

Et toi, Lyon du Canada,

Gilles Saint-Albert et tout le grand coteau

Bardoche tes pics durs

Féningue et Saint-Guerlot