|

|
|
À
72 ans, Marcel Ducharme se considère toujours comme
un porteur de tradition. Comme bien des gens de son âge
et de la région, il naît dans une famille qui
baigne dans la musique. On danse, on chante, on fait de la
musique à la maison, mais également partout
où il se rend.
Sa
tante Annette, entre autres, est une figure marquante de son
enfance. Elle déclenchera chez lui le goût pour
la musique et en particulier pour le violon, un instrument
sur lequel elle excelle.
Pourquoi
était-elle aussi douée? Voilà le genre
de questions que Marcel Ducharme aime bien se poser et auquel
il consacrera le temps qu'il faudra afin d'obtenir la réponse
qui le satisfasse.
Et
c'est ainsi qu'elle est devenue une des très bonnes
interprètes de la région.
|
|
|

Marcel
Ducharme
|
| |
|
|
Ma
tante Annette était douée,
explique Marcel Ducharme, parce qu'elle jouait
beaucoup et souvent. Chez elle, quand on se lançait
dans une longue tâche, on disait à Annette :
Toi, tu joues du violon pendant qu'on va
faire le ménage.
|
|
|
|
Très
jeune, ce qui l'intrigue le plus, c'est de comprendre ce qui
amuse tellement les gens au cours des veillées. Qu'est-ce
qui les amusait autant à se promener ainsi tout autour
de la cuisine en se tenant par la main? se demandait-il.
Je ne comprenais pas alors qu'il s'agissait de danse.
|
| |
|
|
|
|

Soirée
de l'Association
folklorique de Lanaudière lors du Festival country
de Berthier en 2001.
|
|
|
Plus
vieux, il a réalisé que la communication était
au cur de ces soirées et qu'en dansant, chantant
et en écoutant des contes, les gens étaient
ensemble, qu'ils se touchaient, se regardaient
bref,
qu'ils passaient du bon temps en bonne compagnie.
Cette
observation a fait naître chez lui le désir de
sauvegarder cet esprit de fête et cette manière
de se réjouir qui fait partie de nos traditions.
|
 |
|
|
|
|
|

|
|
Il
n'y a pas que sa tante Annette qui l'influence, d'autres membres
de la famille l'incitent à s'intéresser à
cette culture qui est la sienne : son grand-père,
accordéoniste de soirées, un gros joueur,
selon les dires du petit-fils, son père, qui joue du
violon en solitaire après le souper pour se détendre,
et, enfin, son grand-oncle Tito Beaudry, de Saint-Côme,
le frère de sa grand-mère, un violoneux extraordinaire,
un des trois meilleurs à venir du Nord (de la région)
et qui joue une affaire rare.
À
dix ans, Marcel Ducharme met la main à la pâte
et commence par apprendre le violon sur l'instrument de son
père, puis la guitare afin d'accompagner sa tante qui
l'amène avec elle dans les soirées.
|
|
|

M. Ducharme dans son bureau
|
| |
|
|
|
| |
|
|
|
| Le
travail et bientôt le mariage lui font délaisser
la musique qu'il ne reprendra que vingt ans plus tard, une fois
les enfants grands. |
|
|
À
propos de Tito Beaudry,
de Saint-Côme :
«
...un violoneux extraordinaire, un des trois meilleurs
à venir du nord et qui joue une affaire rare.
»
|
|
 |
|
|
|
|

|
|

M. Ducharme tenant en main un
violon de sa fabrication
|
|
|
Il
est maintenant au début de la quarantaine et il se
remet à toucher le violon sur l'instrument hérité
de son père. Des airs qu'il entendait jeune lui reviennent
alors en mémoire et il réalise que plusieurs
d'entre eux ne sont plus guère joués. Craignant
qu'ils ne se perdent, il décide de mettre sur papier
des pièces qui n'ont jamais été écrites.
Encore faut-il qu'au préalable il apprenne le solfège.
Car il ne sait ni lire ni écrire la musique comme la
majorité des musiciens de folklore.
Il
entreprend des études en arts traditionnels, se met
à éplucher des livres et à écouter
de vieux enregistrements. Il cherche, fouille et rencontre
des gens. Il remonte dans le temps à la recherche des
origines de telle chanson ou de telle pièce.
|
|
|
|
|
|
Il
veut savoir... Savoir :
Ça
vient d'où ça? Pourquoi joue-t-on cette pièce
de cette manière? Qu'est-ce que ça peut bien
signifier que ces paroles-là?
Quand
sa démarche s'avère fructueuse il se voit répondre :
Ça,
c'est le reel à mon oncle Emmanuel. Le frère
à mon père, le frère d'Arthur.
De
là, il peut retracer l'origine de la pièce,
la transcrire et même écrire un bout d'histoire
sur la famille Thériault (Emmanuel, Arthur et compagnie).
|
|
|

M. Ducharme nous expliquant ses
recherches
|
 |
|
|
|
|

|
|
Marcel
Ducharme veut faire connaître le caractère culturel
de nos chansons, musiques, danses et contes traditionnels.
C'est pas plus compliqué que ça. Plus
les gens comprendront cet aspect de leur culture, explique-il,
moins il la jugeront et plus il la respecteront.
|
| |
|
|
|
|
Il
fait un travail de base : rechercher, transcrire, mettre
en valeur et, surtout, transmettre la tradition (du lat.
traditio : transmettre). Pour lui, tous les moyens
sont bons et il va jusqu'à recevoir, dans son sous-sol,
des groupes de jeunes désireux d'apprendre des pas
de danses en vue du Temps des Fêtes.
|
|
|
Fondation et objectifs
Une présence soutenue depuis douze ans
Des activités variées
Des initiatives personnelles de ses membres
Un souhait : rejoindre les jeunes
|
| |
|
|
|
 |
C'est
ainsi qu'en tant que président de l'Association
folklorique de Lanaudière, constatant le manque
de jeu d'ensemble des musiciens, il organise des cliniques
afin de développer chez eux un jeu plus uniforme.
Une formule similaire sera reprise quelques années
plus tard à l'intention des amateurs de danse.
|
|
 |
|
|
|
|

|
| |
|
|
|
Touche
à tout, curieux, tenace, habile de ses mains, communicateur
doué, il est tour à tour musicien, danseur,
conteur, animateur. Il a fait de la radio (De mon père
à mon fils à CFNJ 99.1 FM.), collaboré
à la revue Folk-Lore (publication de l'Association
québécoise des loisirs folkloriques), sorti
de l'oubli des gens comme Ti-Noir Joyal, en faisant découvrir
une trentaine de pièces inédites de ce musicien
à l'immense talent et
histoire de ne pas s'ennuyer,
il s'est transformé en luthier le temps d'un ou deux
violons, puis en artisan du fléché afin de
porter la tradition jusqu'à sa ceinture.
Après
avoir rendu hommage à une foule de gens de chez-nous,
voilà qu'on lui fait honneur à son tour, en
donnant son nom, en 1998, au trophée dédié
à la relève dans le cadre des Grands Prix
du patrimoine d'expression.
|
|
|

Marcel
Ducharme porte la tradition jusqu'à sa ceinture.
|
 |
|
|
|
|

|
|

7e
journée folklorique à St-Liguori, en 2001
|
|
|
Consacrant
la majeure partie de son temps à porter la bonne nouvelle,
Marcel Ducharme ne se prend pas pour autant pour le messie.
Il émet des opinions et formule des hypothèses,
mais il sait fort bien qu'il ne détient pas la vérité.
Il cherche plutôt à comprendre. Il acceptera
de se reposer le jour où il aura trouvé des
réponses à toutes ses questions. Ce qui ne risque
pas d'arriver de si tôt!
|
| |
|
|
|
D'ici
là, il continue sa recherche, amassant tout ce qu'il
peut trouver afin qu'un jour quelqu'un puisse écrire
l'histoire de la musique traditionnelle dans Lanaudière.
|
 |
|
|
|
|
|