Le violoneux Alfred Beaudry.

   
Il existe bel et bien un passé dans Lanaudière, un passé propre à la région. Un passé mal connu sans doute, mais un passé tout de même. Si aujourd'hui la musique traditionnelle est si présente, si vivante dans la région ; si Lanaudière, et particulièrement Joliette et ses environs, est reconnue tant au Québec qu'à l'étranger pour son foisonnement de musiciens, de groupes et par la présence du festival Mémoire et Racines, c'est parce qu'il y a eu des porteurs de tradition qui ont prolongé et transmis leurs connaissances et leur savoir-faire.
       

À une époque, chaque village comptait sa vedette locale autour de laquelle on se retrouvait pour jouer, mais également pour apprendre. Lorsqu'une famille qui ne comptait pas de musiciens organisait une fête, elle faisait appel au violoneux de la paroisse qui se chargeait de la musique pour la soirée.

       
Alfred Beaudry, aujourd'hui âgé de 86 ans, joua ce rôle chez lui à Saint-Alphonse. Il en fut de même avec Bernard Brisson, de 14 ans son cadet, qui exerça son talent à Saint-Jacques. Tous les deux ont accepté d'interpréter pour nous quelques pièces de leur répertoire.    


• Un violoneux de 86 ans
• Veillées du bon vieux temps
• Un répertoire qui se perd avec les années

     

 

Comme à cette époque on se déplaçait peu, les échanges étaient rares. Les savoirs se partageaient alors entre connaissances et il n'est pas étonnant, dans ces conditions-là, que les Thériault de Sainte-Béatrix n'interprètent pas Le reel de Lévis de la même manière que les Mirandette de Saint-Cuthbert et qu'il existe alors ce que l'on appelait le style Saint-Côme ou le style Saint-Élizabeth.

 

 

À une époque, chaque village comptait sa vedette locale autour de laquelle on se retrouvait pour jouer, mais également pour apprendre.

Le violoneux Bernard Brisson.

 

 

S'il n'est pas aisé de retrouver les noms de ceux et celles qui ont marqué ces années du bon vieux temps, la raison en est simple : ils n'ont laissé que peu de traces… écrites ou visuelles. Presque pas d'archives et pas d'enregistrements sonores. Personne jusqu'à maintenant n'a pris soin de les colliger, à l'exception des témoignages peu nombreux concernant Lanaudière que l'on retrouve aux Archives de folklore de l'Université Laval.

 

Danielle Martineau
     
La situation sera bientôt corrigée puisque Danielle Martineau, musicienne-intervenante, s'est déjà attelée à la tâche et qu'une publication intitulée Bibliographie du patrimoine vivant lanaudois répertoriera tout ce qui touche au folklore et au patrimoine de la région. Cette parution devrait voir le jour au cours de l'année 2002.
       


• Projet de bibliographie
• Un premier recensement
• Un disque pour illustrer les collectes sonores

   


• La beauté de la tradition
• Ethnomusicologue amateure
• Projet après projet
• À propos de Lanaudière
• Une implication signifiante
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La famille Perron, à Mémoire et Racines

       

Un deuxième facteur justifie cette absence de signes tangibles. Nous l'avons dit, la tradition se transmet d'abord de manière orale et, comme aucun musicien de l'époque, aussi talentueux soit-il, n'a enregistré de disque, peu de traces subsistent. Pourquoi en a-t-il été ainsi?

   
La plupart de ces musiciens n'étaient conscients ni de la richesse qu'ils possédaient ni de leur talent. Ils se « contentaient » de jouer et de reproduire ce qu'ils avaient entendu dans leur famille ou lors de veillées.
     
       

Partout, dans chaque village, on faisait de la musique, on chantait et on dansait. Mais il reste que, dans certains coins de pays, la tradition était plus présente ou interprétée différemment.

   

La question est posée, mais la réponse risque de se faire attendre très longtemps. Rappelons simplement que la plupart de ces musiciens, sinon la quasi-totalité de ceux-ci, n'étaient conscients ni de la richesse qu'ils possédaient ni de leur talent. Ils se « contentaient » de jouer et de reproduire ce qu'ils avaient entendu dans leur famille ou lors de veillées.

     
       

Aucun d'entre eux ne pouvait être considéré comme professionnel pour la bonne raison qu'ils n'en retiraient jamais de bénéfices financiers. Ils étaient d'ailleurs bien trop pris par leur travail pour songer à une telle chose. Ils jouaient en famille, entre amis, pour le plaisir, tout simplement.

Et même si on leur avait dit qu'ils étaient particulièrement doués, les comparant à des Joseph Allard, Isidore Soucy ou Jos Bouchard dont nous retrouvons la musique sur plusieurs enregistrements, l'auraient-ils cru? Il est permis d'en douter. En aurait-il été autrement si « on » les avait découverts ? Nous ne le saurons jamais.

   

7e journée folklorique à St-Liguori, en 2001.

       
Partout, dans chaque village, on faisait de la musique, on chantait et on dansait. Mais il reste que, dans certains coins de pays, la tradition était plus présente ou interprétée différemment. Soit parce que la présence ou la concentration d'Acadiens, d'Écossais et d'Irlandais était plus forte qu'ailleurs, soit que le village comptait sur un nombre important de musiciens plus doués que la moyenne, soit encore que… Et là, nous sommes obligés de nous arrêter faute d'études.

 

     

Marcel Ducharme est un musicien, un animateur et un rassembleur. Il a été président de l'Association folklorique de Lanaudière de 1989 à 1995.

 

Il reste cependant des faits : nous avons plus d'échos en provenance de Saint-Ambroise que de Sainte-Mélanie, des paroisses pourtant voisines et fondées toutes deux en 1832, mais qui se distinguaient par la provenance de leurs habitants et par leur culture.

La première était avant tout anglophone (Saint-Ambroise-de-Kildare) et la deuxième francophone. Partout où une forme de métissage a eu lieu, explique Marcel Ducharme, la musique traditionnelle est davantage implantée, contribuant ainsi à créer une culture populaire différente d'ailleurs.


La famille Cantin, à Mémoire et Racines, en 1998.

 

Il s'agit de regarder d'où proviennent les membres qui forment les nombreux groupes présents aujourd'hui dans la région pour se rendre compte qu'il existait le même genre de concentration il y a cinquante, voire cent ans.

Le meilleur moyen pour retracer ces paroisses où le flambeau se passe de génération en génération est de remonter dans l'arbre généalogique de nombre de musiciens actifs aujourd'hui dans la région.

 

       

Pensons à Gilles Cantin, de Saint-Liguori, qui a joint la Bottine Souriante à ses débuts puis participé à d'autres groupes dont Hommage aux ainés, qui a certainement été influencé par son grand-père, Azélus Cantin, un fameux joueur ; aux Marion de Saint-Côme dont deux membres, François et Benoît, font aujourd'hui partie du groupe Légende; aux Beaudry, également de Saint-Côme, chez qui la tradition s'est transmise de Tito Beaudry, un violoneux au talent remarquable, à Bernard, son fils, musicien et luthier, pour en arriver à Eric Beaudry, neveu de Bernard et petit-fils de Tito, aujourd'hui de Norouet et de Ni sarpe ni branche.

Et la liste pourrait ainsi s'allonger longtemps. Mentionnons seulement les Jetté de Saint-Alexis, les Loyer et les Thériault de Sainte-Béatrix, les Bordeleau de Saint-Côme, les Mirandette de Saint-Cuthbert, les Laporte de Saint-Liguori, qui ont légué leur héritage à leurs enfants et petits enfants.

   

Gilles Cantin, de Saint-Liguori.

       
       

 

Grâce à ces familles, la tradition a su se conserver et produire un terreau propice à l'éclosion des nombreux groupes que nous connaissons aujourd'hui.

   


• Petit-fils de violoneux
• Une révélation : Hommage aux aînés
• En quête d'un répertoire personnel
• Des actions concrètes
• Il était un petit navire
en pays inuit
• La recherche : un lot de surprises et d'émotions

 

 

Au début des années cinquante : période d'accalmie, à croire que les porteurs de tradition se sont faits plus silencieux ou encore qu'on ne les écoute plus. Les gens ont désappris les pas de danse et même le plaisir de se réunir pour faire de la musique ensemble. La tradition n'est pas morte pour autant, mais mise en veilleuse en attendant des jours meilleurs.

La musique traditionnelle rencontre alors un adversaire de taille : le modernisme qui prendra différents visages au gré des modes. D'abord, la musique sud-américaine revue et corrigée par les Américains. La samba, la rumba, le tango font une entrée fracassante sur les planchers de danse, nous raconte Marcel Ducharme.

       

Notre folklore devient
« quétaine » et perd la cote. Cette vision, entretenue beaucoup par la télévision, est devenue stéréotypée et les jeunes, même chez les bons musiciens, ne peuvent ni ne veulent s'identifier à cette image péjorative.

   
Les grands orchestres, comme celui de Guy Lombardo, envahissent les salles de danse et les ondes de la radio. Des écoles de danses sociales s'ouvrent à Montréal et des gens de chez nous vont suivre quelques leçons et reviennent avec certaines notions. Suffisamment pour séduire nombre de personnes.
     
       

Notre folklore devient « quétaine  » et perd la cote. Cette vision, entretenue beaucoup par la télévision, est devenue stéréotypée et les jeunes, même chez les bons musiciens, ne peuvent ni ne veulent s'identifier à cette image péjorative. Plus tard, le boogie et le rock vont déferler, emportant tout sur leur passage.

       

 

Dans les chaumières une nouvelle vague de musiciens s'affairait à raviver la mémoire de leurs grands-pères, oncles, tantes, mères et pères... Ici, la Bottine Souriante.

   

 

Notre folklore est condamné à vivre une période de dormance. En peu de temps, ces nouvelles modes relèguent aux oubliettes sets américains et chansons à répondre. Heureusement certains porteurs de tradition continuent à passer le flambeau, mais on trouve peu de relève pour garder la flamme.

Et puis, au début des années soixante-dix, poussés par la vague nationaliste, des musiciens se rencontrent, forment des groupes et vont puiser dans leur mémoire et leurs racines une musique que leurs grands-pères, oncles, tantes, mères ou pères savaient jouer.