|

|
|

La
Bottine Souriante dans les années 1970.
|
|
|
Commençons
par une anecdote qui illustre bien le tournant que va
prendre la musique traditionnelle face à une musique,
souvent venue d'ailleurs, qui envahit nos maisons via
les disques et la radio.
Nous
sommes dans un bar au début des années
1970. Gilles Cantin, accompagné de ses frères,
joue de la musique populaire. Soudainement en plein
milieu de la soirée lui vient le goût d'avoir
du fun. Et pour lui, avoir du fun, ça
veut dire taper du pied et chanter les chansons qu'il
entendait lors des veillées auxquelles il assistait,
jeune, dans la famille de Lucien Jetté à
Saint-Alexis. À son grand plaisir, le public
embarque
|
| |
|
|
À
l'époque, pour Gilles Cantin, avoir du
fun ça veut dire taper du pied et chanter
les chansons qu'il entendait lors des veillées
auxquelles il assistait, jeune, dans la famille
de Lucien Jetté à Saint-Alexis.
|
|
|
|
Gilles
Cantin, en 2001.
|
|

Yves
Lambert, leader de la Bottine Souriante, (2000).
|
|
| |
|
Gilles
Cantin sera d'ailleurs l'un des premiers musiciens de
la région à présenter sur scène
la musique telle qu'elle était jouée dans
les familles.
À
partir de cette expérience réussie, il
n'a plus qu'un seul désir: faire la musique qu'il
a dans les tripes. Il forme alors un groupe avec Pierre
Laporte puis, quelques temps plus tard, tous deux rejoignent
Mario Forest, André Marchand et Yves Lambert
au sein d'une Bottine Souriante toute fraîche,
toute jeune.
|
| |
| |
|
|
|
|
Un
Bottine qui a puisé à la source et appris
directement des porteurs de tradition comme Azélus
Cantin, Ida Cantin née Boisjoli (native de Saint-Ignace
du Lac), Claudette Laporte née Landry (la mère
de Pierre) et Lucien Jetté (Saint-Alexis) auxquels
les membres du groupe rendent hommage sur leur premier
disque enregistré en 1978 sous le titre :
Y'a ben du changement.
|
|
|
Les origines de la Bottine Souriante
Un premier disque au titre prémonitoire
Expatriation et métissage
Vers l'autosuffisance
Une popularité qui ne cesse de grandir
Un exemple
d'avant-garde
La Bottine, version 2001
Vingt-cinq ans
ça se fête
|
| |
|
|
|
|

|
Album
Y'a ben du changement
Ce
premier album s'est fait suite à un travail
acharné de la part des musiciens qui
ont loué une maison afin de pouvoir pratiquer
du matin au soir et du soir au matin et ce,
pendant de nombreux mois. Nous connaissons la
suite : 50 000 copies vendues.
|
|
 |
|
|
|
|
|

|
|
Parallèlement
à la naissance « du » groupe
la Bottine souriante, qui marquera la musique traditionnelle
de la région et de la province pendant longtemps,
d'autres musiciens se jettent aussi dans la mêlée.
|
|
|
La période Lanaudière
La période Québec
|
| |
|
|
|
|
Des airs de nos aïeuls et d'aujourd'hui
Esprit et tradition de la Matawinie
|
|
|
Ils
se rencontreront entre autres lors de veillées
organisées par André Lespérance à
la boîte à chansons de la Montagne Coupée
de Saint-Jean-de-Matha et à l'occasion des fêtes
de la Saint-Jean. |
| |
|
|
|
|
De
cette vague sont nés les groupes Turlure (Robert
Jourdain, Jean-Claude Mirandette, Johanne Saint-George,
Michel Verdon, Rémi Laporte), Manigance
(Paul Marchand, Michel Bordeleau, Jean-Luc Asselin,
Normand Miron, Denise Levac, Jacques Landry) et Guignolée
(Laurent Marchand, Gilles et Jean Cantin, Rémi
Laporte, Norman Miron, Luc Loyer).
|
|
|
Des voisins de Saint-Liguori
Une présence soutenue
|
 |
|
|
|
|
|

|
|

La
Bottine Souriante au Festival Mémoire et Racines,
en 2001.
|
|
|
La
Bottine souriante ainsi que les nombreux groupes qui
vont suivre, dont les membres sont souvent issus d'un
cercle de musiciens gravitant autour de cette dernière,
vont transformer de manière importante la musique
traditionnelle.
D'abord,
ils vont opérer un mariage entre chanson et musique
instrumentale. Alliance qui, nous l'avons déjà
vu, ne se faisait pas jusqu'alors. Même le tapement
de pieds ne se pratiquait pas en chantant. Il servait
à marquer le rythme en accompagnant les danseurs.
On chantait donc sans accompagnement et dans des modes
musicaux que les instruments tempérés
ne peuvent généralement pas accompagner.
|
| |
|
|
|
|

La
famille Cantin en spectacle à Mémoire
et Racines.
|
|
|
|
| |
|
Le
tapement de pieds ne se pratiquait pas en chantant.
Il servait à marquer le rythme en accompagnant
les danseurs.
|
|
| |
|
|
| |
|
En
opérant ce métissage (chanson, musique),
on a dû modifier les modes musicaux propres à
la chanson, perdant ainsi un peu de leur richesse, mais
gagnant d'autre part une nouvelle perspective.
En
famille, chez les Cantin par exemple, certains chantaient
et d'autres jouaient, mais la chanson et la musique
n'étaient jamais associées. Cette pratique
(combiner musique et chanson) va commencer au cours
des années 1970 avec la naissance des groupes.
Il n'est pas rare maintenant d'intégrer l'accompagnement
ou de faire suivre une chanson d'un reel.
|
 |
|
|
|
|
|

|
|

Rencontre
avec la famille Cantin,à Mémoire et Racines.
|
|
|
L'autre
bouleversement tient dans la forme vers laquelle va
évoluer la musique. Jusque vers le milieu des
années 1970, la notion de spectacle est presque
inexistante.
On
jouait dans les salons ou pour animer certaines fêtes.
On ne se donnait pas en spectacle. On ne vendait pas
de billets, pas plus qu'on ne s'assoyait confortablement
dans une salle pour assister à une prestation
de musiciens, de chanteurs ou de danseurs. Les gens
n'étaient pas spectateurs, mais participants.
|
| |
|
|
|
|
Avec
l'arrivée de la Bottine Souriante, la cuisine
est transportée sur la scène. C'est l'expression
employée alors dans le milieu : avoir
la cuisine sur la scène. On exprime par
là le désir de transposer l'ambiance familiale
sur une scène de spectacle, un territoire tout
nouveau pour la musique traditionnelle.
|
|
|
On
exprime par là le désir de transposer
l'ambiance familiale sur une scène de
spectacle, un territoire tout nouveau pour la
musique traditionnelle.
|
|
| |
|
|
|
|

«
Sortir la musique de la cuisine », explique André
Marchand, pilier
de la première heure, ex-membre
de la Bottine Souriante, aujourd'hui avec les Charbonniers
de l'enfer et le trio Ornstein, Miron, Marchand. |
|
|
|
| |
|
L'expérience
entraîne diverses répercussions. D'abord,
elle a pour effet de faire sortir la musique de la cuisine,
comme dira André Marchand en parlant du rôle
de la Bottine. En d'autres mots, elle contribue à
rendre cette musique plus accessible. Ensuite, elle modifie,
cela est inévitable, le rapport avec les gens.
Elle
oblige le musicien à performer en faisant passer
la musique traditionnelle d'une culture de l'intimité
à une culture de masse organisée en fonction
de donner un bon show. Finalement, elle transforme
nombre de musiciens amateurs en professionnels qui occupent
le devant de la scène, enregistrent des disques
et
gagnent de l'argent.
|
| |
|
 |
|
|
|
|
|

|
|

Légende
de la Chasse-galerie. Source : collection du Musée
du Québec.
|
|
Tous
ces changements ne se font pas sans heurts ni déchirements
pour certains musiciens qui ont parfois l'impression
de vendre leur âme au diable.
Ils
se sentent coincés entre le désir de reproduire
ce que leurs pères et leurs grands-pères
faisaient et le goût de s'exprimer et d'explorer
de nouvelles avenues tant sur le plan musical que sur
celui de la diffusion. Ils se sentent mal à l'aise
de gagner de l'argent avec quelque chose qui leur a
été donné naturellement et,
finalement, ballottés entre la tradition - transmettre
ce que l'on a entendu - et l'influence des autres musiques.
|
| |
|
|
|
|
Toutes
ces questions ne se posaient pas aux générations
précédentes. Car depuis les premiers métissages
du temps de la colonie, la tradition a certes évolué,
mais lentement, très lentement, ne subissant
jamais le choc qu'elle allait vivre en cette aube du
troisième millénaire.
|
|
|
Avant d'arriver
aux « belles années »
que nous connaissons maintenant, il faut d'abord
traverser une période creuse : les
années 1980.
|
|
| |
|
|
|
|
Tel
fut le cas chez la Bottine qui, en plus de recevoir
ce choc, a contribué à en augmenter l'amplitude.
Et comme souvent c'est elle qui donne le ton, pas étonnant
alors qu'elle participe à propager cette onde
de choc.
Après
avoir beaucoup voyagé de par le monde, fréquenté
nombre de festivals folk, enregistré dix disques,
accompagné des artistes ou joué avec une
foule de musiciens d'ici et d'ailleurs, n'est-il pas
normal qu'elle rapporte de ses aventures un bagage qui
marquera tant sa manière de faire que sa musique
?
Mais
avant d'aller plus loin et d'arriver aux « belles
années » que nous connaissons maintenant,
il faut d'abord traverser une période creuse :
les années 1980.
|
 |
|
|
|
|
|

|
De
toutes les formations nées à cette époque,
très peu survivront à ce que certains
appellent aujourd'hui La traversée du désert.
Après
l'échec référendaire (référendum
de 1980 portant sur la question de la souveraineté
du Québec), la morosité s'installe un
peu partout au Québec et on se remet à
bouder les traditions musicales. On s'ouvre au monde
et il est alors plus « in »
de danser sur de la musique africaine ou sud-américaine
que sur des gigues. La vie poursuit son cycle et les
périodes de repos alternent avec celles de
vive activité.
|
|
|

Pionnier
de ce rapprochement avec la culture africaine,
Daniel
Prenoveau
a ratissé plus de 20 pays depuis 1977 afin d'intensifier
ses recherches sur le rôle de cette musique dans
le monde. Depuis 1995, il a participé à
Mémoire et Racines avec son collègue Youssou
Seck, du Sénégal.
|
| |
Il est alors
plus « in » de danser sur de la
musique africaine ou sud-américaine que
sur des gigues.
|
|
|

Le
groupe Le Rêve du Diable, en France, en 1986,
avec Gervais
Lessard, Jean-Pierre Lachance et Claude Méthé
Source : http://www.multimania.com/vibrato/reve.html
|
|
|
| |
|
La
musique traditionnelle est délaissée un
peu partout. Les médias l'ignorent et les chanteurs
populaires qui, quelques années auparavant ne
donnaient pas un spectacle sans « pousser leur
petite toune folklorique », l'abandonnent complètement.
Les groupes partent alors à l'étranger
pour survivre et chercher une reconnaissance, ou bien
ils cessent leurs activités.
La
Bottine
Souriante est la seule formation à résister
à cette hécatombe dans la région
et une des rares au Québec, avec Le
Rêve du Diable, formé dans les mêmes
années qu'elle, à sortir vivante de cette
traversée.
|
| |
|
| |
|
|
|
|

Le violoneux Guy Bouchard, anciennement de la Bottine
Souriante.
|
|
|
|
| |
|
C'est
tout de même à cette époque, explique
le violoneux et ex-membre de la Bottine, Guy
Bouchard, que commence à se faire, grâce
aux associations naissantes, la rencontre des générations.
Au contact de leurs aînés, les jeunes
issus du milieu folk apprennent à jouer pour
la danse et non plus seulement pour le spectacle comme
au cours de la décennie précédente.
|
| |
|
|
|
Le
milieu s'organise, mais les résultats ne se
feront sentir que plus tard, avec l'apport notamment
des musiciens-intervenants comme Danielle
Martineau, qui pratiquent soit la danse, soit
la musique, soit la chanson et qui veillent à
préserver la tradition et à la transmettre
non seulement par le spectacle, mais également
par l'enseignement (stages, soirées organisées,
colloques, etc.).
La
tradition, dira Danielle Martineau, est toujours souterraine,
prenant le maquis à certaines périodes,
puis revenant en force.
|
|
|

|
| |
|
|
|
|
Déjà
en 1850, explique-t-elle, les gens craignaient de perdre
leur tradition, alors que, cent ans plus tard, elle
est toujours vivante. Elle s'étonne encore que
des chansons aient réussi à traverser
les siècles seulement par transmission orale.
Quelque chose d'organique, de mystérieux et de
cyclique!
|
|
|
La beauté de la tradition
Ethnomusicologue amateure
Projet après projet
À propos de Lanaudière
Une implication signifiante
|
 |
|
|
|
|
|
|